Elise Epiphane : On court ensemble

 

Tout a commencé il y a 9 ans. Grande fumeuse, je consommais un paquet de cigarette comme on consume la vie. Cumulé à d’autres déconvenues, cette dépendance devient au fur et à mesure un gouffre financier. Nous sommes en milieu de mois et il ne reste plus que 15 euros pour nourrir mes enfants. Pour pallier à la situation, je décide d’arrêter la cigarette. Je ne suis pas bien mais il est hors de question de craquer. C’est à ce moment là que je commence la course à pied. Je cours autant de fois que l’envie de fumer arrive, ⅘ fois par jour si cela est nécessaire. Au fur et à mesure des kilomètres, cette envie s’envole, je commence à prendre du plaisir et je réussi mon premier 5km. 

 

“La course, celle qui cherche le dépassement de soi a été ce qui m’a sauvé”

 

Puis, il y a cette séparation. Mon monde s’écroule mais je m’accroche et rencontre cet homme pour qui j’ai tout donné. Il devient mon évidence. J’ai l’impression d’exister aux yeux de quelqu’un.  En réalité, je ne suis qu’un pion, un challenge à ses yeux.

La violence des paroles équivaut à un coup en plein visage, des mots pour des maux à venir. Arrive ce soir où l’alcool s’est installé. Les paroles sont d’une telle violence que mon cerveau vrille. Je prends une importante quantité de médicaments et commet un geste qui aurait pu être dramatique. Après une courte hospitalisation , je ressors shooté par les médicaments, et dans l’incapacité de m’occuper de mes enfants. Je n’arrive plus à parler, je dors continuellement. Mais du jour au lendemain, je décide d’arrêter ce traitement qui me transforme en légume. 

Alors la course à pied redevient mon échappatoire et prend tout son sens. Je ne cours plus pour me sortir d’une dépendance, je ne cours plus par plaisir. Je cours pour souffrir différemment. 

 

« Une tentative de suicide laisse des marques indélébiles que personne ne peut voir. »

 

Il revient encore et encore. Je l’aime. 

Je tombe sous sa dépendance affective, isolée malgré la présence de mes proches. La course à pied devient encore plus mon échappatoire. Le casque vissé sur mes oreilles, je me noie dans les kilomètres. J’augmente les défis, j’augmente la distance. 

Depuis 5 ans, je cours pour vider mon esprit, et puise dans ma peine et ma colère pour avancer. Une tentative de suicide laisse des marques indélibiles que personne ne peut voir. 

Au fur et à mesure, je suis devenue la fille sportive, qui court avec une envie de revanche et une rage indescriptible. Mais maintenant et plus que jamais, on court ensemble,  porté par le souvenir et l’envie de relever toujours plus de défis, parce que cette liste est loin d’être terminée. Prochaine étape : Le marathon du Seine-Marathon 76